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jeudi 6 décembre 2012

Elle est primordiale et implacable :



PSR B0833-45, The Vela Pulsar
PSR B0329+54

The Sounds of Pulsars : + :

Quand les pulsars se veulent première étoile  : + :

Lorsqu’en 1985, je rencontrai à Berkeley l’astronome et cosmologiste Jo Silk, il me fit découvrir le son des pulsars. Je fus séduit par ceux du pulsar de Véla et immédiatement, je me demandai à la manière de Picasso ramassant une vieille selle de bicyclette : “que pourrais-je bien en faire ?”. La réponse vint lentement : les intégrer dans une oeuvre musicale sans les manipuler, les laisser exister simplement comme des points de repère au sein d’une musique qui en serait en quelque sorte l’écrin ou la scène, enfin utiliser leurs fréquences comme tempi et développer les idées de rotation, de périodicité, de ralentissement et d’accélération… que l’étude des pulsars suggère aux astronomes. La percussion s’imposait parce que comme les pulsars, elle est primordiale et implacable, et comme eux, cerne et mesure le temps, non sans austérité. Enfin, je décidai de réduire l’instrumentarium aux peaux et métaux à l’exclusion des claviers. Et je soulignerai en outre, le caractère à la fois musical, visuel, théâtral mais aussi festif et didactique d’un évènement émouvant et exceptionnel.
Le Noir de l’étoile, G. Grisey


: + :                


In the August Extra 2008 edition of the Jodcast, Dr Stuart Lowe talked to Dr Tim O'Brien (University of Manchester) about the sounds of space. The sounds we played were: The sound of supernova remnant Cassiopeia A recorded by the Lovell Telescope; Whistler waves; Proton Whistlers; Leonid meteor echoes; Jovian Chorus; Jovian S-Burst; Jovian S-Burst speeded up by a factor 128; ESA Huygens lander radar signal; Solar sounds generated from 40 days of Michelson Doppler Imager data and processed by A. Kosovichev; Solar Energetic Particles data from the HELIOS mission; X-ray observations of Cygnus X-1 from the Rossi X-ray Timing Explorer; PSR B0329+54 observations from the Lovell Telescope; Vela pulsar observations; Crab pulsar observations; PSR B1937+21 observations; Pulsars in globular cluster 47 Tuc; Double pulsar eclipse; The first million years of the Universe and the Cosmic Microwave Background. © Jodcast, Jodrell Bank, University of Manchester and various other.

samedi 11 août 2012

Fixer la moyenne des étoiles :

Tableau circulaire des nombres de météores observés par groupes de cinq jours entre les années 960-1275


M. Herrick, qui a fait de nombreuses observations d’étoiles filantes à New-Haven, dans le Connecticut, fixe la moyenne des étoiles, pour un temps ordinaire et pour quatre observateurs dont chacun circonscrit toute son attention sur un quart du ciel, à 30 étoiles par heure. Il a cherché à déterminer combien de personnes devront réunir leurs efforts simultanés en chaque point du globe pour être assurées de ne laisser passer aucune étoile filante sans qu’on l’ait remarquée. Le nombre lui a paru être de 9. Il a essayé aussi d’apprécier le nombre moyen d’étoiles filantes qu’on voit chaque vingt-quatre heures, en laissant de côté les averses d’août et de novembre. Suivant lui, environ trois millions de ces météores pénètrent journellement dans l’atmosphère terrestre. M. Coulvier-Gravier donne le nombre 6 pour représenter la moyenne générale horaire des étoiles filantes que peuvent voir par heure, sous le ciel de Paris, deux observateurs, ce qui fait 53 000 environ par an.
 François Arago, Astronomie populaire, GIDE et J. BAUDRY, Première édition, 1857 (Tome 4, pp. 285-315), ici.

© Guillaume Cannat, ici.




(...)
À travers le ciel sonore,
Tandis que, du haut des nuits,
Pleuvent, poussière d’aurore,
Les astres épanouis.

Tas de feux tombants qui perce
Le zénith vaste et bruni,
Braise énorme que disperse
L’encensoir de l’infini ;
(...)
Victor Hugo, Pour Jeanne seule. VII : Les Étoiles filantes, 15 octobre 1859, ici.





samedi 21 juillet 2012

Dans un assez grand espace :



Ici sur le site du MIT

[2,12,3] Passons aux points contestés. Les uns pensent que le feu réside dans les nuages ; les autres, qu'il se forme au moment de l'explosion, et n'existe pas avant d'éclater. Les premiers se divisent encore sur la cause productrice du feu, qu'ils font venir, les uns de la lumière, les autres des rayons du soleil qui, en se mêlant et se croisant, peuvent, par leurs rencontres fréquentes faire jaillir la flamme. Anaxagore prétend que ce feu émane insensiblement de l'éther, et que de ces hautes régions embrasées il tombe une infinité de particules ignées qui couvent longtemps au sein des nuages.
[2,12,4] Aristote soutient que le feu ne s'amasse point d'avance, et qu'il éclate au moment même où il se forme : son opinion peut se résumer ainsi : Deux parties du monde, la terre et l'eau, occupent la partie inférieure de l'espace - toutes deux ont leurs émanations propres. Celles de la terre sont sèches et semblables à la fumée ; elles produisent les vents, le tonnerre et la foudre : celles des eaux sont humides, et forment les pluies et les neiges.


Lightning captured at 7,207 images per second from ZT Research on Vimeo.


[2,12,5] Ces vapeurs sèches de la terre, qui, amoncelées dans l'atmosphère, donnent naissance aux vents, se trouvant comprimées latéralement par le choc des nuages, s'échappent et vont frapper les nuages voisins dans un assez grand espace : de la violence du coup résulte un bruit analogue à celui que fait entendre dans nos foyers la flamme qui pétille en dévorant du bois vert. Dans ce cas, des ballons d'air humide se crèvent par l'action de la flamme ; dans l'atmosphère, ces vapeurs que j'ai dit un peu plus haut être froissées par la collision des nuages, lorsqu'elles vont heurter d'autres nuages, ne peuvent ni se briser ni s'échapper en silence.
Questions naturelles, Sénèque, Livre II, Paris, 1861, ici.




Temporal Distortion from Randy Halverson on Vimeo et aussi çà et là.


Orphée, voulant résumer la puissance de Dieu, l'exprime dans les vers qui suivent :
"Principe et fin de tout, tête et centre du monde,
Partout est Jupiter : C'est la foudre qui gronde
C'est l'axe de la terre, et le pivot des deux ;
C'est l'homme au regard fier ; c'est la vierge aux doux yeux
C'est tout feu qui jaillit, tout souffle qui respire
C'est la base des flots et de l'humide empire
C'est Phébus ; c'est sa soeur, au flambeau pâle et doux
C'est le maître, le roi, c'est le père de tous
C'est lui qui cache tout, lui qui fait tout paraître,
Et sa tête contient les germes de chaque être".

Du monde, Apulée, Traduction française : V. Bétolaud, Oeuvres complètes d'Apulée. Tome II, Paris, Garnier, 1836, ici.

samedi 12 mai 2012

On le voit tout autrement qu’il n’est :





Toute la philosophie, lui dis-je, n’est fondée que sur deux choses, sur ce qu’on a l’esprit curieux et les yeux mauvais ; car si vous aviez les yeux meilleurs, que vous ne les avez, vous verriez bien si les étoiles sont des soleils qui éclairent autant de mondes, ou si elles n’en sont pas; et si d’un autre côté vous étiez moins curieuse, vous ne vous soucieriez pas de le savoir, ce qui reviendroit au même; mais on veut savoir plus qu’on ne voit, c’est là la difficulté. Encore, si ce qu’on voit, on le voyoit bien, ce seroit toujours autant de connu, mais on le voit tout autrement qu’il n’est. Ainsi les vrais philosophes passent leur vie à ne point croire ce qu’ils voient, et à tâcher de deviner ce qu’ils ne voient point, et cette condition n’est pas, ce me semble, trop à envier. Sur cela je me figure toujours que la nature est un grand spectacle qui ressemble à celui de l’opéra. Du lieu où vous êtes à l’opéra, vous ne voyez pas le théâtre tout à fait comme il est; on a disposé les décorations et les machines, pour faire de loin un effet agréable, et on cache à votre vue ces roues et ces contrepoids qui font tous les mouvemens. Aussi ne vous embarrassez vous guère de deviner comment tout cela joue. Il n’y a peut-être guère de machiniste caché dans le parterre, qui s’inquiète d’un vol qui lui aura paru extraordinaire et qui veut absolument démêler comment ce vol a été exécuté. Vous voyez bien que ce machiniste-là est assez fait comme les philosophes. Mais ce qui, à l’égard des philosophes, augmente la difficulté, c’est que dans les machines que la nature présente à nos yeux, les cordes sont parfaitement bien cachées, et elles le sont si bien qu’on a été longtemps à deviner ce qui causoit les mouvemens de l’univers. Car représentez-vous tous les sages à l’opéra, ces Pythagore, ces Platon, ces Aristote, et tous ces gens dont le nom fait aujourd’hui tant de bruit à nos oreilles; supposons qu’ils voyoient le vol de Phaéton que les vents enlèvent, qu’ils ne pouvoient découvrir les cordes, et qu’ils ne savoient point comment le derrière du théâtre étoit disposé. L’un d’eux disoit : C’est une certaine vertu secrète qui enlève Phaéton. L’autre, Phaéton est composé de certains nombres qui le font monter. L’autre, Phaéton a une certaine amitié pour le haut du théâtre; il n’est point à son aise quand il n’y est pas. L’autre, Phaéton n’est pas fait pour voler, mais il aime mieux voler, que de laisser le haut du théâtre vide; et cent autres rêveries que je m’étonne qui n’oient perdu de réputation toute l’Antiquité. À la fin Descartes, et quelques autres modernes sont venus, qui ont dit : Phaéton monte, parce qu’il est tiré par des cordes, et qu’un poids plus pesant que lui descend. Ainsi on ne croit plus qu’un corps se remue, s’il n’est tiré, ou plutôt poussé par un autre corps; on ne croit plus qu’il monte ou qu’il descende, si ce n’est par l’effet d’un contrepoids ou d’un ressort; et qui verroit la nature telle qu’elle est, ne verroit que le derrière du théâtre de l’opéra. À ce compte, dit la Marquise, la philosophie est devenue bien mécanique ? Si mécanique, répondis-je, que je crains qu’on en ait bientôt honte. On veut que l’univers ne soit en grand, que ce qu’une montre est en petit, et que tout s’y conduise par des mouvemens réglés qui dépendent de l’arrangement des parties. Avouez la vérité. N’avez-vous pas eu quelquefois une idée plus sublime de l’univers, et ne lui avez-vous point fait plus d’honneur qu’il ne méritoit ? J’ai vu des gens qui l’en estimoient moins, depuis qu’ils l’avoient connu. Et moi, répliqua-telle, je l’en estime beaucoup plus, depuis que je sais qu’il ressemble à une montre. Il est surprenant que l’ordre de la nature, tout admirable qu’il est, ne roule que sur des choses si simples.







Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes
Leroy, 1820 (pp. 3-31).

jeudi 26 avril 2012

On fait ensuite tourner lentement :




Citons encore le procédé pictural mis au point par Bruno Munari, dont les effets sont étonnants. On projette au moyen d'une lanterne magique un collage d'éléments plastiques — composition abstraite de feuilles minces, plissées ou superposées, toutes de matière incolore — et on fait passer les rayons lumineux à travers une lentille « polaroïd ». On obtient sur l'écran, une composition d'une intense beauté chromatique. On fait ensuite tourner lentement la lentille : la figure projetée change de couleur, passe par toutes celles de l'arc-en-ciel, et la réaction chromatique des diverses matières plastiques superposées détermine une série de métamorphoses qui agissent sur les formes mêmes. En réglant à volonté la lentille, le spectateur collabore effectivement à la création de l'objet esthétique dans les limites ménagées par la gamme des couleurs et la disposition plastique des diapositives.
Umberto Eco - L'oeuvre ouverte

CASSINI MISSION from Chris Abbas on Vimeo.


jeudi 5 avril 2012

La soucoupe et le perroquet :


« Au reste, je ne suis point originaire de votre terre ni de celle-ci, je suis né dans le soleil. Mais parce que quelquefois notre monde se trouve trop peuplé, à cause de la longue vie de ses habitants, et qu’il est presque exempt de guerres et de maladies, de temps en temps nos magistrats envoient des colonies dans les mondes d’autour. Quant à moi, je fus commandé pour aller en celui de la Terre et déclaré chef de la peuplade qu’on y envoyait avec moi. J’ai passé depuis en celui-ci, pour les raisons que je vous ai dites ; et ce qui fait que j’y demeure actuellement sans bouger, c’est que les hommes y sont amateurs de la vérité, qu’on n’y voit point de pédants que les philosophes ne se laissent persuader qu’à la raison, et que l’autorité d’un savant, ni le plus grand nombre, ne l’emportent point sur l’opinion d’un batteur en grange, si le batteur en grange raisonne aussi fortement. Bref, en ce pays, on ne compte pour insensés que les sophistes et les orateurs. » Je lui demandai combien de temps ils vivaient, il me répondit : — Trois ou quatre mille ans. Et continua de cette sorte : « Pour me rendre visible comme je suis à présent, quand je sens le cadavre que j’informe presque usé ou que les organes n’exercent plus leurs fonctions assez parfaitement, je me souffle dans un jeune corps nouvellement mort. « Encore que les habitants du soleil ne soient pas en aussi grand nombre que ceux de ce monde, le soleil toutefois en regorge bien souvent, à cause que le peuple pour être d’un tempérament fort chaud, est remuant, ambitieux, et digère beaucoup. « Ce que je vous dis ne vous doit pas sembler une chose étonnante, car, quoique notre globe soit très vaste et le vôtre petit, quoique nous ne mourions qu’après quatre mille ans, et vous après un demi-siècle, apprenez que tout de même qu’il n’y a pas tant de cailloux que de terre, ni tant d’insectes que de plantes, ni tant d’animaux que d’insectes, ni tant d’hommes que d’animaux ; qu’ainsi il n’y doit pas avoir tant de démons que d’hommes, à cause des difficultés qui se rencontrent à la génération d’un composé si parfait. »
Hercule Savinien Cyrano de Bergerac L’Autre monde ou les états et empires de la Lune 1657
texte intégral ici