Affichage des articles dont le libellé est Syllogisme de l'amertume. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Syllogisme de l'amertume. Afficher tous les articles

mardi 24 septembre 2013

L’irréalité existe :

 


Si je puis lutter contre un accès de dépression, au nom de quelle vitalité m’acharner contre une obsession qui m’appartient, qui me précède ? Que je me porte bien, j’emprunte le chemin qui me plaît ; « atteint » ce n’est plus moi qui décide : c’est mon mal. Pour les obsédés point d’option : leur obsession a déjà opté pour eux, avant eux. On se choisit quand on dispose de virtualités indifférentes ; mais la netteté d’un mal devance la diversité des routes ouvertes au choix. Se demander si on est libre ou non, — vétille aux yeux d’un esprit qu’entraînent les calories de ses délires. Pour lui, prôner la liberté, c’est faire montre d’une santé déshonorante. La liberté ? Sophisme des bien portants.
Nos flottements portent la marque de notre probité ; nos assurances, celle de notre imposture. La malhonnêteté d’un penseur se reconnaît à la somme d’idées précises qu’il avance.
Non content des souffrances réelles, l’anxieux s’en impose d’imaginaires ; c’est un être pour qui l’irréalité existe, doit exister ; sans quoi où puiserait-il la ration de tourments qu’exige sa nature ?
Technique que nous pratiquons à nos dépens, la psychanalyse dégrade nos risques, nos dangers, nos gouffres ; elle nous dépouille de nos impuretés, de tout ce qui nous rendait curieux de nous-mêmes.
Emil Cioran, Syllogisme de l'amertume, 1952
: + :