Affichage des articles dont le libellé est Tilt Shift. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Tilt Shift. Afficher tous les articles

mercredi 16 janvier 2013

Comme ouvrir les yeux :

Photographe inconnu                                                                                                   : + :


Aller jusqu’à l’extrême, c’est rester sans lieu,
parce que l’extrême n’est pas un lieu,
au-delà il n’y a pas d’espace
et quiconque est allé jusqu’à l’extrême
ne peut plus reculer.
Aller jusqu’à l’extrême précisément consiste
à découvrir l’impossibilité du retour.
Ou simplement peut-être
l’impossibilité.
Et l’impossible se passe de lieu.
Roberto Juarroz, Poésie verticale, (III, 16a)


Marek Samojeden                                                                                                                                                    : + :


Un amour au-delà de l’amour,
plus haut que le rite du lien,
au-delà du jeu sinistre
de la solitude et de la compagnie.
Un amour qui n’ait pas à revenir,
mais non plus à s’en aller.
Un amour non soumis
aux frénésies d’aller et venir,
d’être éveillés ou endormis,
d’appeler ou de se taire.
Un amour pour être ensemble
ou pour ne l’être pas,
mais aussi pour tous les états intermédiaires.
Un amour qui serait comme ouvrir les yeux,
Et peut-être aussi comme les fermer.
***
Roberto Juarróz (1925-1995), Cinquième Poésie Verticale, 1974


Chris Chan                                                                                                                        : + :
plein de Tilt Shift : + :

vendredi 26 octobre 2012

Vaine tâche :


Tous ceux qui sont nés aux temps sourds
À demi étranglés, maladifs,
Ils ont ouvert eux-mêmes leur gorge pour pouvoir chanter,
Ils ont lavé leurs yeux dans les ondes célestes…
Elena Schwarz, Bourliouk, 1974







TRAITÉ DE LA FOLIE DE DIEU

Dieu n'est pas mort, il est seulement fou.
Cela, Nietzsche le sait, et Sirius aussi, et la Kolyma.
Cela peut se dire en sanscrit, en jouant des crécelles,
Dans un sifflet de train, en relevant l'ourlet d'une robe
(Mais au Ciel, on l'ignore encore).
Le six-milliardième nouveau-né pourrait vous le piailler,
Mais il n'osera pas, peur d'être renvoyé.
Mais nos nuits, qui les tient ? Nos jours, qui les étire ?
De nos planètes et comètes qui allume les feux ?
Sont-ce les anges, eux tout seuls ?
En voici un qui veille et qui, en bon comptable,
Dénombre les trillions d'atomes. Vaine tâche.
Et cet autre qui saisit un oiseau à pleins bras
Et qui gambade et rit et s'esbaudit, étrange…
Les anges aussi, alors ?
Le virus de folie est là sous la peau, dans le soleil et dans le cœur.
Si toute créature est folle, où s'ira réfugier le Créateur ?
La tête du monde a explosé.
Il fait froid dans l'Eden. Des trognes y parlent,
Et se nourrissent d'ivraie.
Il ne reste d'espoir qu'en la bonté de ceux
Qui dans la graine d'arachide encloront même la folie sacrée.

Elena Schwarz, La Vierge chevauchant Venise et moi sur son épaule, 1999, traduit du russe par Hélène Henry, +.





(...)
Là ou l'âme et la mer s'amalgament,
Où la vague avale le coeur,
J'entends souvent comme sortant des algues
Des sortes de voix qui font peur.

Des appels, il me semble ; on soupire.
Cette voix, je l'ai connue enfant.
Je me penche et je vois un abîme,
des grumeaux d'âmes tournoyants.
(...)
Elena Schwarz, La bête-fleur, +.